L’étude des sceaux qui figurent au bas des actes des Templiers est du plus haut intérêt. Les deux plus célèbres proviennent de la « boule » et représentent d’un côté le « dôme du Rocher » (la mosquée d’Omar, où les Templiers s’étaient installés) et de l’autre « deux chevaliers sur un même cheval », figure dont le sens a une évidente signification astrologique, et sur laquelle nous reviendrons ultérieurement. Au XIIIe siècle, les deux sceaux furent séparés pour des raisons d’efficacité administrative. Le Maître général prit le Dôme (qui fut appelé "tube") et le visiteur cismarin (qui gérait l’Ordre en Europe) prit la marque aux deux chevaliers. Mais un troisième sceau parut, qui fit couler beaucoup d’encre : l’Abraxas Panthée. Son mystère tient à sa forme et à sa fonction.

Sur le plan de la forme, l’Abraxas Panthée figure en son centre un personnage à tronc d’homme, à tête de coq levée et scrutant le soleil, et dont les jambes sont deux serpents. Le personnage a le bras dextre écarté du corps, laissant voir l’intérieur d’un bouclier, et il tient en main gauche (senestre) un fouet. Il porte un petit tablier, de la dimension d’un tablier maçonnique. Autour du personnage, on trouve une rangée verticale de sept étoiles (sur le sceau ici reproduit) et les lettres grecques Iota Alpha et Oméga. Le pourtour du sceau est frappé de la croix du Temple, en haut, avec la mention circulaire Secretum Templi.

Sur le plan de la fonction, cette marque est un contre-sceau. Sa fonction est d’apporter un élément d’authenticité supplémentaire pour le destinataire de l’acte. Il circulait en effet de faux documents Templiers, conçus par des faussaires, et l’Ordre avait besoin de renforcer la valeur probatoire de sa signature. On a donc rajouté ce troisième sceau en plus des deux de la boule.

Livrons nous maintenant à une réflexion analytique. Une telle image propagée dans un ordre de moines-soldats chrétiens ne manque pas de surprendre. On a en effet retrouvé des intailles de l’époque gnostique alexandrienne (du IIe au IVe siècle) qui portent exactement le même dessin.

Abraxas

La référence symbolique à un culte solaire est évidente. Le coq, animal qui salue le soleil levant, a la tête levée vers l’astre du jour. Ses pieds de serpents traduisent la condition chtonienne de l’homme déchu et lié à la terre, mais conservant dans son cœur le « souvenir de Dieu ». Il est donc évident que pour le sceau Abraxas, les Templiers ont délibérément utilisé des objets gnostiques, donc hérétiques…, ce qui laisse à penser qu’au XIIe siècle le mouvement gnostique n’était pas éteint, mais qu’au contraire il était assez puissant pour entretenir des relations avec le Temple. Mais au fait, avec quel Temple ? S’agit-il simplement d’un contre-sceau pour lutter contre des faussaires ? Pour être franc, cela n’aurait pas suffi à bloquer leur ardeur falsificatrice. Il pourrait s’agir aussi de la marque d’une autre partie plus discrète de l’Ordre, celle qu’on appelle parfois « l’Ordre noir », cénacle intérieur discret et secret. A l’appui de cette thèse, il y a la mention secretum templi. Dans ce cas le mot secretum signifierait « secret » et ne serait pas une abréviation de secretarium. On y ajoutera que le nombre d’étoiles peut varier d’un sceau à l’autre, ce qui traduirait la position de l’émetteur dans la hiérarchie secrète.

La maçonnerie se passionne pour l’Ordre du Temple. Le discours de Ramsay, la persistance des hauts grades chevaleresques, les traces templières en Écosse, contrée qui fut le berceau de la maçonnerie « acceptée », renforcent cet intérêt chez tous ceux qui tentent de percer le mystère de ses origines. Il est certain que le Temple fut confronté en Orient à d’autres formes de cultures et de croyances, et qu’il a triomphé de cette épreuve par un esprit de tolérance dont on mesure mal aujourd’hui combien il était novateur et révolutionnaire…

Rabanmaur

A lire, entre autres (A. P.) : Paul de Saint-Hilaire, Les Sceaux Templiers, Pardès 1991 ; Bernard Marillier, Armorial des Maîtres de l'Ordre du Temple, suivi d'un Essai sur la symbolique templière, Pardès, 2000 ; Daniel Réju, La Quête des Templiers et l'Orient, Editions du Rocher, 1979 ; Jean Tourniac, De la chevalerie au secret du Temple, Dervy, 1974, 2008 ; Alexandre de Danann, Baphometica ; Quelques aperçus sur l'ésotérisme du Graal et de l'Ordre du Temple..., Arché Milano, 2005 ; Simonetta Cerrini (avec une préface d'Alain Demurger), La Révolution des Templiers : une histoire perdue du XIIe siècle, Librairie Académique Perrin, 2007 (pour l'ouverture) ; Jean-François Lecompte, ''Nombres templiers'', Edite, 2006.

N. B. : Abraxas ou Abrasax (extrait de Wikpédia) : Les basilidiens, hérétiques du IIe siècle, voyaient en lui leur dieu suprême. Ils disaient encore que Jésus-Christ n'était qu'un fantôme bienveillant envoyé sur la terre par Abrasax.
Son origine est issue des sept premières lettres du nom de Dieu en hébreu, et fait référence aux sept planètes, aux sept archanges, aux sept péchés, aux sept jours, etc. Décomposées selon le système grec de numérotation, puis additionnées, les sept lettres du terme donnent le nombre du cycle annuel, soit 365. Il est donc le symbole de la totalité de la Création, du cosmos et de la Connaissance (gnosis).
Selon saint Jérôme, Abraxas correspondrait au nombre mystique et caché de Mithra, dont la somme des lettres, en grec (αβραξας), donne aussi 365.
(Extrait de www.templiers.net) Les Abraxas se présentent sous la forme d'intailles (pierres fines gravées en creux) ou de gemmes soit montées en bague, portée par les chrétiens gnostiques, puis par les maîtres du Temple qui l'utilisaient souvent comme contre-sceau, soit utilisées en sceaux. Ces pierres précieuses remontent au IIe siècle apr. J.-C., à une époque où vécut le célèbre philosophe gnostique Basilide d'Alexandrie dont la doctrine tenta de synthétiser les courants chrétien, égyptien, mithriaque, grec et celte(...).
(L'Ordre du Temple) utilisa les Abraxas dès la période de Hugues de Payns, lequel en hérita de la famille des comtes de Champagne, qui en réactiva l'usage. Car l'emploi de l'Abraxas ne fut nullement l'apanage des seuls Templiers. Son utilisation fut constante durant tout le Moyen Age et répandue au sein des corporations, notamment celles des maîtres maçons et des tailleurs de pierres, de la bourgeoisie et de la noblesse...