Certains, donc, s’étaient échappés. On dit qu’ils se réfugièrent en Ecosse, sous la protection du roi Robert the Bruce. Après sept ans d’exil, ils s’acquittèrent de leur dette en fournissant à Bruce un appoint décisif lors de la bataille de Bannockburn. C’était le jour de la saint Jean d’été 1314. Bruce combattait les anglais et l’issue de la bataille était incertaine. C’est alors qu’une troupe fraîche, composée dit-on de Templiers et d’ouvriers maçons, entra dans la mêlée, et les Anglais s’embourbèrent dans le marais. Cette bataille offrit à l’Ecosse trois siècles d’indépendance, chèrement gagnée. Une amitié « parfaite et fraternelle » lia, depuis ce jour, les Ecossais aux Français. A la chute de la dynastie Stuart (descendant de Bruce), c’est en France que les Ecossais se réfugièrent. Louis XIV les accueillit avec magnificence, en leur offrant la jouissance du château de Saint-Germain. Mais revenons à nos Templiers réfugiés en Ecosse. Quelles traces en avons-nous ? Voici une photo de pierres tombales, exposées à Kilmory. Un petit village de l’Argyll, à l’entrée de la péninsule du Kintyre.

Templiers de Kilmory

Les deux premières en partant de la gauche portent clairement une représentation de chevaliers, à la mode du XIVe siècle. Celui qui est visible à l’extrême gauche est particulièrement intéressant, car il tient à la fois le pommeau de son épée de la main gauche et un « abacus » de la droite. C’est le bâton des maîtres d’œuvre, leur signe distinctif sur le chantier. Voici donc un Templier qui avait une double fonction de soldat et de maître d’œuvre ! Pourquoi un Templier ? Regardez la quatrième pierre, celle dont le bord haut est en forme de flèche. Vous voyez un autre soldat-architecte, avec sous ses pieds la croix du Temple, la célèbre croix pattée. Pour être clair, une équerre surplombe le Templier, levant toute ambiguïté sur sa fonction opérative.

Croix pattée de Kilmory

Mais que construisaient-ils en Ecosse, ces Templiers ? Des cathédrales, des châteaux-forts ? Ils construisaient des bateaux ! Le haut des trois pierres de droite montre clairement un bateau… Une autre légende veut que Philippe le Bel n’ait rien récupéré de la très importante flotte que l’Ordre du temple entretenait en France et qui était basée à La Rochelle. Et une autre encore dit que les Templiers avaient découvert l’Amérique du Nord bien avant Christophe Colomb. La clé de ce mystère est livrée dans la chapelle de Rosslyn, chef d’œuvre de l’art maçonnique, bâtie en 1450. La date a son importance, car elle est antérieure de plus de quarante ans à la découverte de Colomb. On trouve à Rosslyn une fenêtre dont le pourtour est décoré d’épis de maïs, céréale parfaitement inconnue à cette époque en Europe. La coïncidence est tout de même troublante, non ?

Rosslyn

Vous me direz : les anthropologues ont constaté que des esquimaux n’étant jamais sortis de leur banquise glacée, voyaient des serpents en rêve, alors pourquoi les Ecossais ne rêveraient-ils pas d’épis de maïs ? En plus le maïs, ça peut se distiller… Slainthe (à la bonne vôtre, en écossais) !

Rabanmaur

PS : J’allais oublier le livre à lire sur ce sujet ! Une fois n’est pas coutume, c’est un roman. Un roman noir, un thriller captivant, où des francs-maçons se font assassiner à tire-larigot. Mais on y trouve aussi une documentation de première importance sur la filiation écossaise de la Maçonnerie. Il s’agit de : Le jour où Dieu est mort, de Jacq Jawx, aux éditions Demeter, 2008.

PPS (AP) : La filiation écossaise : Nicolas de Bonneville, La Maçonnerie écossaise comparée avec les trois professions et le Secret des Templiers du XIVe siècle, Orient de Londres, 1788 ; René Le Forestier, La Franc-maçonnerie occultiste et templière au XVIIIe et XIXe siècles, 2e éd. publiée par notre ami Antoine Faivre, La Table d'Emeraude, 1987 ; Michael Baigent et Richard Leigh, Des Templiers aux francs-maçons, Editions du Rocher, 1991, 2005 ; Jean-Jacques Gabut, Les Survivances chevaleresques dans la fran-maçonnerie du Rite écossais ancien et accepté, Dervy, 2004 ; Pierre Mollier, La Chevalerie maçonnique, Dervy, 2005.

PPS (AP) : Le second Discours du chevalier de Ramsay (1738) / Extrait

INSTITUTION DE L'ORDRE PAR LES CROISÉS Du temps des guerres saintes dans la Palestine, plusieurs Princes, Seigneurs et Citoyens entrèrent en Société, firent voeu de rétablir les temples des Chrétiens dans la Terre Sainte, et s'engagèrent par serment à employer leurs talens et leurs biens pour ramener l'Architecture à primitive institution. Ils convinrent de plusieurs signes anciens, de mots symboliques tirés du fond de la religion, pour se distinguer des Infidèles, et se reconnoître d'avec les Sarasins. On ne communiquoit ces signes et ces paroles qu'à ceux qui promettoient solemnellement et souvent même au pieds des Autels de ne jamais les révéler. Cette promesse n'étoit donc plus un serment exécrable, comme on le débite, mais un lien respectable pour unir les hommes de toutes les Nations dans une même confraternité. Quelques temps après, notre Ordre s'unit intimement avec les Chevaliers de S. Jean de Jérusalem. Dès lors et depuis nos Loges portèrent le nom de Loges de S. Jean dans tous les pays. Cette union se fit en imitation des Israélites, lorsqu'ils rebâtirent le second Temple, pendant qu'ils manioinent d'une main la truelle et le mortier, ils portoient de l'autre l'Epée et le Bouclier.

Notre Ordre par conséquent, ne doit pas être regardé comme un renouvellement de baccanales, et une source de folle dissipation de libertinage effréné, et d'intempérance scandaleuse, mais comme un ordre moral, institué par nos Ancêtres dans la Terre sainte pour rappeler le souvenir des vérités les plus sublimes, au milieu des innocens plaisirs de la Société.

PASSAGE DE L'ORDRE DE LA TERRE SAINTE EN EUROPE Les Rois, les Princes et les Seigneurs, en revenant de la Palestine dans leurs pays, y établirent des Loges différentes. Du temps des dernières Croisades on voit déjà plusieurs Loges érigées en Allemagne, en Italie, en Espagne, en France et de là en Ecosse, à cause de l'intime alliance qu'il y eut alors entre ces deux Nations.

Jacques Lord Steward d'Ecosse fut Grand Maître d'une Loge établie à Kilwinnen dans l'Ouest d'Ecosse en l'an 1286, peu de temps après la mort d'Alexandre III Roi d'Ecosse, et un an avant que Jean Baliol montât sur le Trône. Ce Seigneur Ecossois reçut Free-Maçons dans sa Loge les Comtes de Glocester et d'Ulster, Seigneurs Anglois et Irlandois.

Peu à peu nos Loges, nos fêtes et nos solemnités furent négligées dans la plupart des pays o˜ elles avoient été établies. De-là vient le silence des Historiens de presque tous les Royaumes sur notre Ordre, hors ceux de la Grande-Bretagne. Elles se conservèrent néanmoins dans toute leur splendeur parmi les Ecossois, à qui nos Rois confièrent pendant plusieurs siècles la garde de leur sacrée personne.

DES CROISADES A LA RÉFORME Après les déplorables traverses des Croisades, le dépérissement des Armées Chrétiennes et le triomphe de Bendocdar Soudan d'Egypte, pendant la huitième et dernière Croisade, le Fils d'Henry III Roi d'Angleterre, le grand prince Edouard voyant qu'il n'avoit plus de sureté pour ses confrères dans la Terre sainte, quand les troupes Chrétiennes s'en retiroient, les ramena tous, et cette Colonie de frères s'établit ainsi en Angleterre. Comme ce Prince était doué de toutes les qualités du coeur et de l'esprit qui forment les Héros, il aima les beaux Arts, se déclara protecteur de notre Ordre, lui accorda plusieurs privilèges et franchises, et dès lors les membres de cette Confraternité prirent le nom de Francs-Maçons. Depuis ce temps la Grande-Bretagne devint le siège de notre science, conservatrice de nos lois, et la dépositaire de nos secrets...