• Dialogue entre Simon, Maçon en ville, et Philippe, Maçon de passage, 1740, où l’on apprend ce qu’il en coûterait à celui qui s’aventurerait à dévoiler le terrible secret des Francs-maçons. Notez bien que, vu le traitement promis, personne ne s’y risqua jamais, ou presque…

« Phil. : Répétez-moi votre serment.

Sim. : Je promets solennellement, et déclare devant Dieu et cette respectable assemblée, que je cèlerai et ne révélerai jamais ce que j’ai entendu, à savoir les secrets ou le secret des Maçons ou de la Franc-maçonnerie qui m’ont été, me sont ici-même ou me seront dévoilés, que ce soit à un homme, à une femme ou à un enfant… Cela sous peine d’avoir le cœur arraché de ma poitrine, la langue arrachée de mon palais, la gorge coupée, le corps mis en pièces par des chevaux sauvages, et enterré dans les sables de la plage, là où la marée monte en vingt-quatre heures ; ou encore sous peine d’avoir le corps lié, réduit en cendres et dispersé aux quatre vents de façon qu’il ne subsiste pas le moindre souvenir de moi. »

  • Discours prononcé à la Réception des Francs-maçons par M. de Ramsay, Grand Orateur de l’Ordre, 1737, où l’on apprend que les secrets des Francs-maçons sont une sorte de langage universel, comme celui qui était d’usage entre tous les hommes avant Babel.

« Nous avons des secrets ; ce sont des signes figuratifs et des paroles sacrées, qui composent un langage tantôt muet et tantôt très éloquent, pour le communiquer à la plus grande distance, et pour reconnaître nos confrères, de quelque langue ou de quelque pays qu’ils soient. (…)

Il est arrivé chez nous ce qui n’est guère arrivé dans aucune autre société. Nos loges ont été établies et se répandent aujourd’hui dans toutes les nations policées, et cependant dans une si nombreuse multitude d’hommes, jamais aucun confrère n’a trahi nos secrets. (…) Ce secret inviolable contribue puissamment à lier les sujets de toutes les nations, et à rendre la communication des bienfaits facile et mutuelle entre eux. »

  • En 1748, L’Ecole des Francs-maçons, véritable manifeste, confirme cette perspective cosmopolitique des secrets.

« VII. L’universel Maçon, citoyen du monde entier, n’est étranger en aucun pays. Sans le secours de la voix, il parle, il est entendu. Sans le secours des yeux, il voit, et l’on peut le reconnaître à des marques infaillibles… »

Mais nous en avons trop dit, ou pas assez, c’est selon. Car, finalement, le « secret » maçonnique, essentiellement initiatique, est-il de l’ordre du dicible, ou bien plutôt de la parole perdue ? Dans ses célèbres Mémoires, 1725-1756, le Frère aventurier Giacomo Casanova tente de faire partager l’impartageable de son expérience des « bagatelles » de la Franc-maçonnerie.

« Il y a cependant un secret, mais il est tellement inviolable qu’il n’a jamais été dit ou confié à personne. Ceux qui s’arrêtent à la superficie des choses pensent que le secret consiste en mots, signes et attouchements… Erreur. Celui qui devine le secret de la Franc-maçonnerie, car on ne le sait jamais qu’en le devinant, ne parvient à cette connaissance qu’à force de fréquenter les loges, qu’à force de réfléchir, de raisonner, de comparer et de déduire. (…) Il se tait et ce secret est toujours un secret. »