L’Orthodoxie maçonnique (1910), par René Guénon
Par A P le vendredi 11 juillet 2008, 09:25 - V.I.T.R.I.O.L. - Lien permanent
On a tant écrit sur la régularité maçonnique, on en a donné tant de définitions différentes et même contradictoires, que ce problème, bien loin d’être résolu, n’en est devenu peut-être que plus obscur.

On a tant écrit sur la régularité maçonnique, on en a donné tant de définitions différentes et même contradictoires, que ce problème, bien loin d’être résolu, n’en est devenu peut-être que plus obscur. Il semble qu’il ait été mal posé, car on cherche toujours à baser la régularité sur des considérations purement historiques, sur la preuve vraie ou supposée d’une transmission ininterrompue de pouvoirs depuis une époque plus ou moins reculée ; or il faut bien avouer que, de ce point de vue, il serait facile de trouver quelque irrégularité à l’origine de tous les Rites pratiqués actuellement. Mais nous pensons que cela est loin d’avoir l’importance que certains, pour des raisons diverses, ont voulu lui attribuer, et que la véritable régularité réside essentiellement dans l’orthodoxie maçonnique ; et cette orthodoxie consiste avant tout à suivre fidèlement la Tradition, à conserver avec soin les symboles et les formes rituéliques qui expriment cette Tradition et en sont comme le vêtement, à repousser toute innovation suspecte de modernisme. C’est à dessein que nous employons ici ce mot de modernisme, pour désigner la tendance trop répandue qui, en Maçonnerie comme partout ailleurs, se caractérise par l’abus de la critique, le rejet du symbolisme, la négation de tout ce qui constitue la Science ésotérique et traditionnelle.
Toutefois, nous ne voulons point dire que la Maçonnerie, pour rester orthodoxe doive s’enfermer dans un formalisme étroit, que le rituélisme doive être quelque chose d’absolument immuable, auquel on ne puisse rien ajouter ni retrancher sans se rendre coupable d’une sorte de sacrilège ; ce serait faire preuve d’un dogmatisme qui est tout à fait étranger et même contraire à l’esprit maçonnique. La Tradition n’est nullement exclusive de l’évolution et du progrès ; les rituels peuvent et doivent donc se modifier toutes les fois que cela est nécessaire, pour s’adapter aux conditions variables de temps et de lieu, mais, bien entendu, dans la mesure seulement où les modifications ne touchent à aucun point essentiel. Les changements dans les détails du rituel importent peu, pourvu que l’enseignement initiatique qui s’en dégage n’en subisse aucune altération ; et la multiplicité des Rites n’aurait pas de graves inconvénients, peut-être même aurait-elle certains avantages, si malheureusement elle n’avait pas trop souvent pour effet, en servant de prétexte à de fâcheuses dissensions entre Obédiences rivales, de compromettre l’unité idéale si l’on veut, mais réelle pourtant, de la Maçonnerie universelle.
« L’orthodoxie maçonnique », publié dans La Gnose, avril 1910, n° 6, pp. 105 à 107, sous la signature de Palingenius, repris dans René Guénon, Etudes sur la Franc-maçonnerie et le compagnonnage, tome II, Editions Traditionnelles, 1986, pp. 262 et 263.
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