La République fraternelle de Vincent Peillon
Par A P le mercredi 20 août 2008, 21:48 - Politique - Lien permanent
Depuis plus d’un siècle, nous sommes enfermés dans des oppositions stériles que l’on ressasse pour ne plus penser, ne plus agir : l’individu contre l’Etat, la République contre la démocratie, la liberté contre l’égalité, le libéralisme contre le socialisme, la politique contre la morale, la laïcité contre la religion, autant de bêtises qui nous plongent dans une dépression nationale qui remplace l’action par l’agitation, la responsabilité par l’émotion, la clarté par la confusion, le réel par la communication, l’amitié par la haine de l’autre. Etrangers à nous-mêmes, nous ne trouvons plus la force d’aimer ce que nous sommes ensemble.
Dans ce livre incisif, Vincent Peillon, philosophe et homme politique, prend appui sur les travaux d’une nouvelle génération de philosophes et d’historiens pour rompre avec bien des préjugés et des paresses intellectuelles qui ont nourri la crise actuelle de la pensée progressiste. En revisitant le passé, il dégage les fondements philosophiques, historiques et politiques de ce que pourrait être le socialisme du XXI siècle. Il opère ainsi, au sens étymologique, une refondation républicaine et socialiste.
Ce livre est le premier acte d’une nouvelle génération intellectuelle et politique qui a décidé, sans craindre la polémique et sans fuir ses responsabilités, d’écrire enfin sa propre histoire pour enfanter son propre temps.
Présentation par l'éditeur : À l’origine, au XIXe siècle, la République se présente comme une nouvelle foi, une religion qui remplace le catholicisme. Cette nouvelle religion laïque n’a jamais cessé de s’interroger sur ses dimensions spirituelles et morales.
Entre liberté et égalité, la fraternité n’a jamais fait l’objet d’une pensée politique en France. En outre la philosophie républicaine est trop souvent caricaturée comme étatiste et antilibérale, sacrifiant la liberté à l’égalité.
Dans ce livre, Vincent Peillon critique la vision de François Furet qui pose une incompatibilité de principes entre société des individus et égalité. Cette erreur repose sur la confusion entre deux types d’égalité : égalité des résultats, égalité des chances.
Parmi les hypothèses de ce livre : et si c’était non parce qu’elle a été critiquée par ses adversaires mais parce qu’elle a été mal défendue par ses propres gardiens que la République a été dénaturée ? Ils devraient s’en prendre à eux-mêmes d’avoir trop défendu un modèle nostalgique, à la fois archaïque et inexact de la République.
Philosophe, Vincent Peillon est député européen (PS). Parmi ses principaux ouvrages : La Tradition de l’Esprit, itinéraire de Merleau-Ponty, Grasset, 1994 (Poche, 2008); Jean Jaurès et la religion du socialisme, Grasset, 2000; Pierre Leroux et le socialisme républicain, Le Bord de l’Eau, 2003; L’Epaisseur du cogito, trois études sur Merleau-Ponty, Le Bord de l’Eau, 2004. Membre du bureau national du PS depuis 1994, élu député de la Somme en 1997, député européen depuis 2004, Vincent Peillon a été porte-parole national du Parti socialiste puis de Ségolène Royal lors de la campagne présidentielle de 2007.
EXTRAIT (page 155)
"La politique républicaine est une politique morale, c’est une République éthique que les fondateurs veulent construire. Dès lors, le sujet de l’individualisme est l’homme qui partage avec ses semblables une commune nature, une commune humanité. L’influence kantienne est ici aisément discernable. Celle de la Révolution française et de la Déclaration des droits de l’homme aussi.
Nous voyons l’importance stratégique jouée par cette notion d’humanité au cœur du dispositif républicain. Il serait aisé de montrer que c’est précisément cet humanisme ou humanitarisme qui constitue le socle permettant de réunir dans une disposition commune les penseurs qu’il appartient de restituer pour écrire l’histoire vraie de la République. Car, depuis la Révolution, l’individualisme républicain et l’idée humanitaire cheminent ensemble et sont liées. L’idée d’humanité est, ce que Leroux avait d’emblée bien compris, l’axiome ontologique et le principe religieux de la pensée républicaine. On peut encore le formuler autrement : ce qui réunit dans une même disposition Pierre Leroux, Auguste Comte, Saint-Simon, Edgar Quinet, Jules Michelet, Benoît Malon ou Jean Jaurès, c’est non seulement leur refus tant de l’individualisme que de l’étatisme, c’est non seulement leur recours à l’association comme médiation entre liberté des modernes et liberté des anciens, c’est non seulement leur articulation de la liberté et de l’égalité grâce au moyen terme de la fraternité : c’est aussi, et sans doute d’abord, la mise en œuvre d’une religion nouvelle, la religion de l’Humanité."
Autres développements sur le site du Cercle social Edgar Quinet : http://blog.edgarquinet.com/post/2008/08/20/La-Revolution-francaise-n-est-pas-terminee-par-Vincent-Peillon


