Anniversaire de la naissance de Joseph Balsamo, dit Cagliostro

Comme Frédéric II de Hohenstauffen et Garibaldi, c’est un Sicilien, avec ce que cette origine comporte de grandeurs et d’excès. Il serait né à Palerme, le 2 ou le 8 juin 1743, selon les sources de ses biographes. Son nom signifie « Vent du sud »… Adulé par les uns et honni par les autres, il laisse dans son sillage une multitude de faits troublants, où le biographe puisera les éléments qu’il souhaite pour un portrait partisan. Qui était Cagliostro ?

Un alchimiste-thaumaturge de la famille spagyriste. Fils de libraire, Cagliostro a été confronté dès son plus jeune âge aux sources du « savoir ». Orphelin avant l’âge adulte, il est élevé par le frère apothicaire du couvent qui l’a recueilli, dont il apprend les secrets de la médecine par les plantes, c’est-à-dire la botanique et la chimie. Par ailleurs, sa femme Lorenza était la fille d’un fondeur de métaux. Voici donc réunies, chez le même personnage, les sources opératives des forgerons et des alchimistes, pour reprendre l’association établie par Mircéa Eliade. Papus et son entourage ont souvent suggéré que le Maître Philippe, grand thaumaturge lyonnais du XIXe siècle, était une résurrection de Cagliostro.

Le Maître fondateur de la F :. M :. Egyptienne. Cagliostro est Franc-maçon depuis son séjour à Londres en 1776 ou depuis son passage à Malte avant cette date. Son projet est de créer une obédience maçonnique à sa dévotion, pratiquant le Rite Egyptien, en ces temps où l’orientalisme est à la mode et atteindra plus tard son point d’orgue avec l’expédition d’Egypte de Bonaparte. Pour mettre son projet sur pieds, Cagliostro voyage beaucoup et rencontre tout ce que la Maçonnerie du XVIIIe siècle comprend de leaders et d’autorités. Il rencontrera ainsi longuement le Lyonnais Willermoz, les Philalètes, Dom Pernéty et Saint-Germain. Son rite comprend une déclinaison masculine et une déclinaison féminine, dont Nerval a donné de larges extraits.

Cagliostro 2

Escroc ou illuminé sublime ? La simple fait de poser ainsi la question est une forme de prise de parti. Ne peut-on être les deux à la fois ? En février 1785, Cagliostro quitte Lyon pour Paris où il s’installe en fanfare dans l’actuelle rue des Arquebusiers. La foule se rue chaque matin pour recevoir ses soins et traitements, dispensés gratuitement. Seuls les riches payaient, et ils payaient cher. Cagliostro est pris dans la tourmente de l’affaire du collier de la Reine, embastillé puis relaxé avec un non-lieu. Il gagne Londres, puis l’Italie. La Sainte Inquisition le fait arrêter en 1789, pour « pratique de la Franc-maçonnerie ». Il est condamné à mort en 1791, mais sa peine est commuée en réclusion perpétuelle. Il mourra dans un cachot du Vatican, près d’Urbino, en 1795. Lavater disait de lui : « Un être tout à fait original, plein de force, et par certains côtés indecriptiblement vulgaire », et il ajoutait cette étrange formule: « Il n’est sûrement pas dépourvu de charlatanisme, bien qu’il ne soit pas un charlatan! » Goethe répondait à Lavater: « Du fou génial au gredin, il n’y a qu’un pas. » Le destin tragique de Cagliostro inspira à Goethe son « Grand Cophte », dont le succès fut considérable. Goethe prit soin de se rendre lui-même en Italie, pour remettre à la famille de Cagliostro le produit de ses droits sur la pièce.

Au Frère coupable d’avoir été Franc-maçon, je conserve toute mon estime et ma compassion. Au charlatan manipulateur, je donne mon pardon, car depuis, il a fait beaucoup de disciples.

Quelques livres sur le sujet

L’épisode Lyonnais de Cagliostro est magnifiquement retranscrit par :
Alice Joly, Un mystique Lyonnais, Protat Frères, 1938.
Paul Vulliaud, Histoire et portraits de Rose Croix, Archè 1987.

Généralités :
Gérard de Nerval, Les Illuminés, Marabout, 1973.
Raymond Silva, La Magie en médecine, MCL 1972.
Roland Guy, Goethe Franc-maçon, ABI 1974.
Le Rituel de la Franc-Maçonnerie Egyptienne de Marc Haven a été réédité en 2003 par Télètes.

Biographies :
Pierre Mariel, Cagliostro, Grasset, 1973.
F. Ribadeau-Dumas, Les Magiciens de Dieu, Laffont 1970.