Le christianisme (kabbalistique) de Merleau-Ponty
Par Antoine Peillon le vendredi 19 février 2010, 18:22 - Philosophie - Lien permanent
Page sublime (118) de La Prose du monde (écrit en 1952, édition posthume en 1969), où kénose et tsimtsoum donnent au christianisme de Merleau-Ponty des accents très lévinassiens (filiation d'Isaac Luria, Hayyim de Volozhyn, Bergson...) : "Voilà plus de vingt siècles que l'Europe a renoncé à la transcendance dite verticale et il est un peu fort d'oublier que le Christianisme est pour une bonne part la reconnaissance d'un mystère dans le rapport de l'homme et de Dieu : justement le Dieu chrétien ne veut pas d'un rapport vertical de subordination, il n'est pas seulement un principe dont nous serions les instruments, il y a comme une impuissance de Dieu sans nous et Claudel va jusqu'à dire que Dieu n'est pas au-dessus de nous, mais au-dessous, voulant dire que nous ne le trouvons pas comme un modèle supra-sensible auquel il faudrait se soumettre, mais comme un autre nous-même, qui épouse et authentifie toute notre obscurité. La transcendance, alors, ne surplombe pas l'homme, il en est étrangement le porteur privilégié."
Lire : Vincent Peillon, La Tradition de l'Esprit ; Itinéraire de Merleau-Ponty, Grasset, collection Le Collège de Philosophie, 1994, pp. 155-160, et Le Livre de Poche, 2008, pp. 170-177, "La religion de l'Esprit".
